La famille de Fabienne Quinsac tente de reconstituer son oeuvre. Si vous possédez un tableau acquis avant 2014, merci de bien vouloir nous le signaler à fabienma@club-internet.fr (titre, dimension, photo si possible), même s'il figure déjà sur ce site.

 

 

Fabienne Quinsac (1940-2013) :
Délivrez-nous des formes !

 

(texte pour le catalogue du 106e salon des Artistes orléanais)

Pour Fabienne Quinsac, la peinture est la boussole d’une recherche intime ne refusant jamais l’aventure.

Diplômée de l’Ecole nationale supérieur des arts décoratifs (Ensad), elle devient professeur d’arts plastiques. Elle allie ce métier de passeur à une réflexion sur l’art contemporain et les rapports entre art et société.

A la fin des années 1980, elle entreprend sa pérégrination. Tâte de l’aérographe. Du trompe-l'oeil et de la peinture murale (le mur de la rue du 11-octobre, à Saran, réalisé avec des collégiens). Trace des marbres arachnéens. Brosse des aquarelles évoquant des linges flottant dans le vent.

Au début des années 1990, Fabienne consacre une série d’aquarelles bleu foncé à la Loire. « Archi » dans l’âme, elle développe bientôt des structures imbriquées, proches de l’onirisme, puis des navires dans la tempête. La figuration libre tend vers l’abstraction.

L’utilisation du goudron (et de la terre), qu’elle étale, fait couler et travaille à l’éponge, constitue un tournant. La question de la coexistence entre le mouvement instinctif de la vie et l’absurdité apparente de l’existence devient plus prégnante dans son expression.

Rouge, bleu, blanc : dans les années 2000, Fabienne passe à l’acrylique et explore plusieurs teintes.  Les  nuances  du  fond  suggèrent un paysage mental, tandis que des formes rarement identifiable a priori, une esquisse architecturale, un contrepoint de couleur, une coulure donnent le mouvement d’ensemble, non sans violence parfois.

De plus en plus, Fabienne cherche l’impact dans l’épure : une peinture informelle qui vise à l’essentiel dans le langage artistique comme dans l’interrogation intime.

Fabienne Quinsac dans son atelier

Fabienne Quinsac met la dernière main à l'un de ses cylindres à l'acrylique, dans son atelier, en décembre 2009.

 

 De là des sentiments complexes faces à ses œuvres. La maîtrise est indéniable, la personnalité aussi, autant que l’aspect déstabilisant, dérangeant.

Les rapides évolutions de Fabienne Quinsac résultent-elles d’une volonté ou d’une peur de se trouver ? C’est par l’art qu’elle livre le combat – illusoire, elle le sait – contre le défi du néant. Mais il y a aussi chez elle une soif de découverte, de la curiosité et un goût jamais démenti pour… le jeu (en témoignent quelques drôles de sculptures sur bois de récupération ou des peintures-rouleaux) : contraste entre une peinture exigeante et une femme originale qui ne craint rien tant que la répétition.

Le message artistique de Fabienne Quinsac est bien celui-ci : il n’est de création véritable qu’à travers un cheminement personnel, lequel est nécessairement porteur de radicalité. Et, par souci d’honnêteté, l’artiste doit imposer cette radicalité à sa conscience avant même qu’à son art.

F.M.