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Guide de plongée dans les eaux de l’art informel

Exposition "Regards croisés"
Saint-Ay, octobre 2014

 

Ne cherchez surtout pas une forme familière à laquelle vous raccrocher ! Pour commencer, ouvrez-vous à la perception primordiale née du mouvement et des couleurs. Ce n’est pas un objet concret qui vous apparaîtra alors, mais un paysage mental – de ceux où l’on hésite à s’aventurer d’ordinaire.

Pour Fabienne Quinsac, l’art, plutôt que reproduire le monde, a vocation à appréhender les sentiments et tourments intimes qui échappent à nos sens. On peut goûter un grand vin, apprécier une mélodie. Mais comment faire quand une sensation veut se frayer un chemin en nous sans le secours des sens ? C’est le paradoxe de cet art non figuratif : il en appelle à la vue pour donner à toucher une partie du monde et de nous-mêmes qui ne se laisse ni voir ni toucher.

Imaginez un tableau représentant un champ de fleurs. Cette toile pourra se contenter d’une représentation fidèle – et l’on en dira : c’est bien peint. Mais certains artistes, à travers le même paysage, parviendront à traduire encore autre chose, au-delà de la beauté simple de l’image. C’est alors que surgissent les questions : pourquoi ce paysage particulier nous remue-t-il ? Que signifie cette émotion ? Quelle inclination ou indécision de notre âme révèle-t-elle ? Fabienne Quinsac a choisi la voie difficile : celle d’affronter ces questions sur leur terrain, là où, faute de l’expérience directe des sens, il faut inventer un nouveau langage.

Son parcours aide à comprendre pourquoi. Elle a 20 ans en 1960, à une époque où l’art – son sens, ses supports – sont en plein bouleversement. À l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, elle opte pour l’architecture, considérant que la peinture « de chevalet » est dépassée. De là, sans doute, le grand souci de la construction et de l’équilibre dont témoigneront ses œuvres.

Puis elle enseigne l’histoire de l’art et les arts plastiques. Son métier lui offre une solide base de réflexion pour ses questionnements sur la place de la création dans la société, car Fabienne continue de suivre les convulsions de l’art contemporain avec intérêt.

Pour apprécier ses tableaux, il faut garder en tête ces interrogations sur le sens de la création, mais aussi sur le sens de l’existence face à la conscience de notre finitude. Que signifie vivre, peindre et ressentir pour l’animal que nous sommes – évolué, certes, mais animal tout de même ? Comment cette chimère humaine peut-elle demeurer aussi dépourvue quand surgissent les angoisses les plus profondes ? Il y a à l’œuvre chez Fabienne Quinsac une forme de « nu artistique » bien différente de sa définition ordinaire : un dépouillement qui n’est autre que celui de l’âme mise à nu. C’est tout le sens de ses toiles tendant vers la monochromie et habitées de formes simples, de touches colorées comme en suspension.

Une autre constante est l’attention au mouvement. Dans les aquarelles marines pleines de furie, dans les coulures des goudrons comme dans les compositions acryliques, le geste primitif est toujours là, qu’il faut cependant apprivoiser.

Les tableaux de Fabienne Quinsac marient instinct et composition pour exprimer la partie de nous-mêmes qui nous ébranle. Tels l’océan et la traînée de la Voie lactée dans le ciel nocturne, ils offrent un sentiment d’apaisement et d’angoisse mêlés. Ils accèdent à la beauté par la puissance d’évocation déstabilisatrice qu’ils dégagent. Parce qu’ils sont vrais.

 

F.M.

 

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